RAPPORT ANNUEL DU 1er SEPTEMBRE 2024 AU 31 AOUT 2025

LISTE DES ABREVIATIONS
NYB : Ndako Ya Biso
EDR : Enfant de la Rue
EDAR : Enfant dans la rue
CCN : Communauté du Chemin Neuf
SAP : Système d’Alerte Précoce
LPPE : Loi Portant Protection de l’Enfant
CEVB : Communauté Ecclésiastique Vivante de Base
TPE : Tribunal Pour Enfant
IST : Infection Sexuellement Transmissible
RDC : République Démocratique du Congo
CDE : Convention relatif aux Droits de l’Enfant
UNIKIN : Université de Kinshasa
AA : Apprentis d’Auteuil
LC : Louvain Coopération
LBM : Lisanga mpo ya Bokolisi Mboka
CFP : Centre de Formation Professionnelle
REEJER : Réseau des Educateurs des Enfants et Jeunes de la Rue
DUAS : Division Urbaine des Affaires Sociales
PEPVS : Police de Protection de L’enfance et Violences basées sur
le genre


INTRODUCTION
Ndako ya Biso, « Notre maison » en lingala, est le nom que les enfants en situation de rue ont donné à nos centres qui les accueillent chaque jour et leur offrent un lieu de paix et de sécurité, leur rendent confiance et espérance et leur ouvrent un chemin de rétablissement des liens familiaux. Composée de 42 salariés et d’une quinzaine de bénévoles (Educateurs de terrain et permanents pour la vie des différents centres, alphabétiseurs, intendants, infirmiers, psychologues, l’équipe de gestion et de coordination administrative et financière…), le projet Ndako Ya Biso est en lien avec un bon millier d’enfants de la rue : sur les sites de concentration des EDR, dans nos trois centres d’accueil, avec nos démarches de réunification et dans les appuis de stabilisation des enfants et de leurs familles prévues pendant trois ans.
NYB n’a aucune source d’autofinancement mais dispose de nombreux amis et partenaires qui appuient et encouragent notre travail. Notre premier bailleur est la Communauté du Chemin Neuf (CCN) qui participe au financement de notre travail et a mis à la disposition de nos centres son patrimoine immobilier. Des conventions d’appui existent pour l‘instant avec les partenaires suivants : Louvain (juillet 2022-décembre 2026), Fondation d‘Auteuil (2023 - 2025), Miséreor (2023- 2026), SOS Enfants, la Caritas Belgique, Rotary, Abbaye Westmalle. Nous avons également des conventions d’appui avec des entreprises locales à Kinshasa (Total, Utex…).
L’année 2024-25 a été caractérisée par la célébration des 20 ans d’existence de notre structure, avec plus de trois mille enfants réunifiés dans leurs familles depuis 2004, mais aussi par le chantier de la construction de notre nouveau centre d’accueil des grands jeunes de la rue qui pourra être inauguré à la fin de 2025.
La soutenance publique d’une thèse de doctorat intitulée : « La famille de la rue dans la ville de Kinshasa : une déconstruction de modèle familial traditionnel », à l’Université de Kinshasa par notre collègue Arnold Mushiete, en Mars 2025, en vue de l’obtention du titre de Docteur en Anthropologie, ouvre à notre travail de nouvelles perspectives.

Ce rapport annuel comprend les points suivants :
1. La sensibilisation sur les sites de concentration des EDR
2. L’accueil, les démarches de réunification, et les outils de stabilisation des garçons et filles accueillis dans nos deux centres
3. Le travail réalisé avec les grands jeunes de la rue
4. Rencontres et formations des membres du personnel
5. L’évaluation du travail
6. Les Relations avec les partenaires locaux
7. Administration de la structure
8. Les événements de l’année
9. Les problèmes rencontrés
10. Les perspectives pour l’année 2025-26

1. Le travail sur sept sites de concentration des EDR (enfants de la rue), autour du rond-point Ngaba :

- Contact avec les enfants sur les sites : 300 nouveaux enfants (152 G et 148 F) ont été rencontrés et écoutés, au cours de 97 visites des éducateurs sur les sites. 314 (178 G et 136 F) l’année précédente, avec 91 visites. L’objectif annuel étant de 400 enfants identifiés, référés et sensibilisés.

- Réunifications des enfants à partir des sites : 116 enfants (89 enfants, l’année précédente). L’objectif annuel étant de 100 enfants réunifiés à partir des sites sans passer par nos centres.

- Sensibilisation sur les sites : une rencontre mensuelle de sensibilisation sur chacun des sites retenus a permis de sensibiliser 741 personnes au cours de l’année : des assistants sociaux, policiers, mamans commerçantes, chefs des rues et quartiers, pasteurs d’églises de réveil et autres responsables d’Eglises. L’objectif annuel était de 500 personnes sensibilisées.

- Voici les cibles sensibilisés et thèmes exploités chaque mois :

Septembre 2024 : les commerçants pour « La non exploitation des enfants » cfr Art 58 de la Loi portant protection de l’enfant (LPPE).

Octobre 2024 : les responsables de communautés ecclésiastiques vivantes de base (CEVB) de l’archidiocèse de Kinshasa pour présenter le travail de NYB auprès des enfants en situation de rue ainsi que leur protection. Ces rencontres ont été organisées en lien avec les curés de paroisses Sainte Bernadette (Mbanza Lemba), Saint Kizito (Kingabwa), Saint Clément et Sainte Christine (Makala), Saint Daniel Comboni (Kindele), Saint Ambroise (Kisenso) et Saint Augustin (Lemba).

Décembre 2024 : les parents des enfants réunifiés et suivis par NYB pour rappeler les 4 piliers des droits des enfants.

Janvier 2025 : les responsables de sites pour une relecture des activités réalisées sur les sites en 2024.

Février 2025 : les responsables de communautés ecclésiastiques vivantes de base (CEVB) de l’archidiocèse de Kinshasa pour présenter le travail de NYB auprès des enfants en situation de rue ainsi que leur protection. Ces rencontres ont été organisées en lien avec les curés de paroisses Saint Maximilien Colbe (Selembao), Mama wa bosawa (Kimbanseke), Sainte Félicité (Kinseso), Saint Célestin (Kindele), Sainte Bernadette (Mbanza Lemba), Saint Kizito (Kingabwa).

Mars 2025 : les commerçants et jeunes leaders sur les marchés pour parler de la non exclusion des enfants en situation de rue dans la société : comment nous comportons-nous à l’égard de ces enfants ?

Avril 2025 : les chefs de quartier et leurs adjoints, les pasteurs d’églises, administrateurs de marchés locaux, commandants de Police, et leaders communautaires pour donner aux enfants de rue les moyens de participer à la défense de leurs droits.

Mai 2025 : les commerçants, chefs des rues et quartiers, assistants sociaux et responsables de services sociaux communaux pour la non exclusion des enfants en situation de rue dans la société : Considérer les EDR comme les autres enfants et veiller à l’égalité. Implication des autorités locales dans la prévention de descente des enfants dans la rue : Alerter les éducateurs de situation d’enfants en difficulté. Mettre en place un SAP.

Juillet 2025 : les parents des enfants réunifiés et suivis par NYB pour la protection des enfants pendant les grandes vacances avec un accent particulier sur l'importance du dialogue entre les parents et les enfants.

Août 2025 : les commerçants pour la protection des enfants pendant les vacances.

- Sensibilisation à travers les médias : 8 sensibilisations animées via les radios communautaires émettant dans des marchés locaux, à proximité de nos sites. Plusieurs thèmes exploités, notamment « la non exploitation des enfants » cfr Art 58 de la Loi portant protection de l’enfant (LPPE) en vigueur en RDC ; le droit à la vie, à la survie et au développement des enfants. Nous n’avons pas pu réaliser cette année des sensibilisations sur les médias publics.

2. L’accueil des enfants dans nos deux centres, les démarches de réunification et les outils de stabilisation

2.1. L’accueil des enfants :

- Les garçons : Le travail a commencé en 2005 dans une maison prise en location. C’est en 2011 que notre centre ouvert a été construit sur un terrain acquis par la CCN. Il accueille une quarantaine de garçons par jour et héberge une quinzaine de garçons pour la nuit. 130 nouveaux garçons ont été accueillis au cours de l’année (126 pour l‘année précédente). L’objectif annuel étant de 250 enfants (G et F) accueillis, écoutés et reconstruits dans nos centres.

- Les filles : inauguré en 2012, ce centre fermé accueille et héberge une quinzaine de filles. 35 nouvelles filles ont été accueillies au cours de l’année (33, pour l’année précédente).

- Placement des enfants dans nos centres : Obtention de 38 documents d’homologation du tribunal pour enfants (TPE) pour régulariser le placement des enfants dans nos centres (Octobre 2024 à Août 2025).

- Sensibilisations des enfants : près de 100 sensibilisations et causeries éducatives ont été organisées durant l’année autour des thèmes : le bienfait d'être propre pour prévenir les maladies , l'entretien de l'environnement pour une meilleure hygiène de vie, l’assainissement de nos centres, les droits et devoirs des enfants, les festivités de fin d'année, quel danger encourt-on dans la rue ?, mon projet de vie pour 2025, la propreté corporelle et hygiène bucco-dentaire, la lutte contre la faim et l'avantage de bien manger, le savoir-vivre, mon regard vers le futur, la nécessité de dire la vérité, le respect, la dignité d'une femme, la famille : source de bénédictions, l’acceptation de soi et de son identité.

- Prise en charge de la santé des enfants et jeunes : 3.350 consultations d’EDR ont été réalisées dans notre dispensaire spécialisé dans la prise en charge des enfants et jeunes en situation de rue à Kinshasa. Une moyenne mensuelle de 145 enfants et jeunes différents ont été soignés chaque mois (161 l’année précédente). Une moyenne mensuelle de 60 membres du personnel ainsi que leurs familles et les bénévoles ont également été consultés et reçu un appui.
Les cinq principaux problèmes rencontrés sont le Paludisme, les parasitoses intestinales, les traumatismes liés à la violence dans la rue, les verminoses et les IST ainsi que les problèmes liés à la consommation de drogues.

62 cas ont été référés pour une meilleure prise en charge dans les centres hospitaliers Monkole, Mont Amba et, Clinic Onyx pour les cas de maladies mentales et d’épilepsie. 5 enfants et grands jeunes sont décédés au cours de l’année, suite à des maladies, d’overdose ou des violences subies dans la rue.

- Suivi psychologique : nos trois psychologues ont suivi 499 enfants et jeunes et réalisé 1.014 consultations individuelles et thérapies de groupe (1.774, l’année précédente).

- Repas : les centres des garçons et des filles fournissent des repas quotidiens aux enfants. Toutes les filles reçoivent 3 repas (petit-déjeuner, déjeuner et diner). Et, les garçons reçoivent un petit-déjeuner, déjeuner. Un diner est offert pour les garçons hébergés dans le centre.

18.220 repas ont été servis aux garçons (21.255, l’année passée)
12.491 repas ont été servis aux filles (12.346, l’année passée)

- Sorties : chaque mois, tant les filles que les garçons fréquentant nos centres ont une journée de sortie au bord d’une petite rivière, à la sortie de Kinshasa en vue de leur assurer un temps de détente et d’écoute loin de toutes les violences de la rue : 17 journées de sortie ont été organisées cette année avec chaque fois de vingt à trente jeunes et une sensibilisation, une écoute individuelle et des plongeons dans l‘eau (18, l’année précédente).
L’objectif annuel étant de 16 sorties-détentes.

- Colonies de vacances :
* 29 garçons ont participé à une colonie de vacances du 17 au 22/08, sur le thème : « L’image que j’ai de moi-même ». Le but était d’intensifier les sensibilisations et le dialogue avec les enfants dans un cadre propice en vue d’une réunification familiale et leur scolarisation (30 l’année précédente). 10 enfants ont pu être réunifiés au retour de la colonie.
* 13 filles en situation de rue ont participé à une colonie organisée, à Menkao, loin de la ville, du 26 au 31 mai 2025, sous le thème : « Ma famille, source des bénédictions ». L’objectif principal était d’aider les filles à apprendre à renouer leurs liens avec leurs familles. Elles ont bénéficié des activités groupales sur les blessures narcissiques et l’importance de la famille, animées par notre psychologue.

- Plaidoyer et sensibilisation des enfants sur les questions liées aux droits :
* Célébration de l’adoption de la CDE (20 novembre) : les enfants, sensibilisés sur leurs droits et devoirs, ont présenté un spectacle mettant en cause les mauvais traitements dont ils sont victimes de la part de la communauté avant d’appeler à leur protection. Le message véhiculé était bien clair : « Je suis juste un enfant ! ». L’objectif était d’éveiller les consciences sur le respect de leurs droits et dignité. La célébration a été organisée en ville, au centre Wallonie-Bruxelles, avec le soutien de Louvain coopération.
* Célébration de la journée internationale de droits des femmes (8 mars) : une sensibilisation a été organisée dans notre centre avec une quinzaine de filles de la rue surs leur droits et leur dignité.
* Célébration de la journée internationale des droits des enfants de la rue (12 avril) : 60 enfants accueillis dans nos centres ont été sensibilisés durant 2 jours, sur leur droit de participer dans les décisions qui les concernent. Des ateliers organisés ont permis aux enfants de choisir quelques droits qu’ils pensent ne pas être respectés et de discuter, sous la facilitation d’un éducateur social, comment doivent-ils s’impliquer pour que ces droits soient respectés. Outillés, ces enfants accompagnés des éducateurs sociaux ont sensibilisé les responsables de cinq sites différents de concentration des enfants de la rue dans les grands quartiers populaires de la ville de Kinshasa.

* Célébration de la journée de l’enfant africain (16 juin) : 15 enfants (7G et 8F) en situation de rue accueillis dans nos centres ont été invités, le 16 juin 2025, à un colloque organisé par les 5 TPE (Tribunal pour enfants) de la ville province de Kinshasa, sur le thème « La planification et la budgétisation des droits de l’enfant : progrès depuis 2010 », dans la salle Père BOKA dans la commune de la Gombe. Ils étaient contents d’être invités et considérés, même s’ils n’ont pas eu accès à la parole ce jour-là.

* 11 enfants (6G et 5F) ont animé deux sensibilisations sur les droits de l’enfant en situation de rue, à l’intention des étudiants de la faculté de Droit de l’Université de Kinshasa, les 18 et 21/6/2025, en collaboration avec le vice-Doyen de ladite faculté dans un des grands auditoires de la faculté. Ces sensibilisations ont été réalisées dans le cadre d’un projet de sensibilisation sur les droits des EDR financé par les Apprentis d’Auteuil (Activité : appels à projets dans le cadre du programme ARCADE). A travers leurs témoignages de vie, les EDR ont dénoncé les maltraitances dont ils ont souvent été victimes en familles ainsi que les abus, exploitations de tout genre qu’ils subissent dans la rue de la part d’autres jeunes, des policiers, des autres adultes ou même de certains étudiants.

- Accompagnement des enfants et jeunes en conflit avec la loi : 11 enfants incarcérés ont été suivis par notre équipe éducative en vue de leur libération.
Nous n’avons pas pu, comme les années précédentes, offrir un repas de Noel aux enfants incarcérés dans la prison centrale de Kinshasa, le nouveau directeur de la prison n’ayant pas accepté notre proposition.

- Mise en œuvre des politiques de protection de l’enfance :
* Les règlements d'ordre intérieur de nos centres mis au point avec les enfants eux-mêmes ont été affichés en lingala dans chacun de nos centres et vulgarisés régulièrement auprès des enfants.
* Des boîtes à dénonciation ont été installées dans nos centres en vue de faciliter la dénonciation de tout acte d’abus subi par les enfants et jeunes bénéficiaires de la part d’un adulte. De même une personne a été choisie par les éducateurs dans chacun des centres comme point focal d’accueil des dénonciations d’abus potentiels et son nom affiché dans le centre.

* Une politique de sauvegarde des enfants et jeunes a été rédigée et le code de conduite, signé par tous les éducateurs, revu. Ces documents seront soumis à l’approbation de la prochaine assemblée générale de l’association.

2.2. Les démarches de réunification familiale :

- Ecoute des enfants : 526 fiches d’écoute ont été remplies (721 l’année précédente).
- Enquêtes et médiations : 436 fiches ont été remplies (630 l’année précédente)
- Réunifications : 181 réunifications ont été réalisées (97 G et 84F) (181 : 106 G et 85 F, l’année précédente). L’objectif annuel étant de 200 réunifications familiales.
Parmi ces réunifications, 116 ont été faite à partir des sites et les autres à partir de notre centre (92 l’année précédente).
Le taux de rechute des enfants réunifiés est de 16%.

2.3. Les outils de stabilisation des enfants réunifiés dans leurs familles :

- Scolarisation des enfants : chaque enfant réunifié bénéficie d’un appui de 3 ans pour sa scolarisation, mais parfois en raison de la précarité de vie de certaines familles, les enfants sont soutenus plus longtemps pour les aider à terminer leurs études secondaires, s’ils ont le niveau nécessaire.
339 enfants (179 G et 159 F) ont été scolarisés dans une cinquantaine d‘écoles différentes avec lesquelles des conventions ont été signées (388 enfants, l’année précédente, 222 G et 166 F). Parmi ces enfants, 164 ont été scolarisés au primaire et 175 au secondaire (l’année précédente 242 au primaire et 146 au secondaire). L’objectif annuel étant de 400 enfants scolarisés.
21 abandons ont été enregistrés en cours d’année (19, l’année précédente).
Chaque année, il y a des enfants qui, arrivés en terminale, décrochent leurs diplômes d’Etat (baccalauréat). Pour l’année scolaire dernière (2024-2025), il y a eu 23 lauréats (16 l’année précédente). Un document est disponible avec les témoignages de ces jeunes.
4 rencontres de concertation sur l’accompagnement scolaire des enfants ayant connu une situation de rue ont été organisées en Janvier, Mai et Août 2025, avec une trentaine de directeurs et de préfets, afin d’assurer un bon suivi pédagogique. L’objectif était d’élaborer, ensemble, une stratégie d’intégration de ces enfants en milieu scolaire.
- Formation professionnelle (FP) :
39 jeunes ont pu suivre une formation professionnelle (23 G et 16 F) dont 26 abandons (66,6 %) et 13 ont fini leur année de formation. L’année dernière, 57 jeunes ont pu suivre une formation professionnelle (35 G et 22 F) dont 24 abandons. L’objectif annuel étant de 50 jeunes.

- Microcrédits (MC) : 201 microcrédits de 50 à 100$ pour un total de 13. 820$ (équivalents à 276 crédits de 50$) ont été octroyés aux mamans des enfants réunifiés en vue d’aider la maman à pouvoir prendre en charge ses enfants et trouver l’autonomisation de la famille (crédits octroyés sans intérêt). (L’année précédente 195 MC avaient été octroyés, équivalents à 356 MC de 50$). L’objectif annuel fixé est de 300 MC de 50$ sur l’année. Le taux de remboursement des crédits a été de 69%. Notons que 87 MC ont été octroyés à des mamans nouvelles (leur premier MC).

- Garanties locatives (GL) : 38 garanties locatives et appuis réparation des maisons (d’un montant de 150$, en moyenne) ont été octroyées à des familles vivant dans un logement insalubre ou trop petit afin de pouvoir déménager et trouver un meilleur logement ou restaurer leur logement, s’il était de propriété familiale. (34 GL avaient été octroyées l’année précédente). L’objectif fixé était de 60 GL sur l’année.

- Visites de suivi dans les familles et les familles d’accueil : 2.349 visites en familles ont été réalisées au cours de l’année (contre 2.446 l’année précédente) et 1.454 dans les écoles où sont placés les enfants (contre 1.360 l’année précédente). En principe chaque enfant réunifié doit être visité au moins une fois par mois dans sa famille.
6 garçons et 9 filles placés en familles d’accueil transitoires ont été suivis dans ces familles (FAT). Pour plusieurs d‘entre eux, nous n’arrivons toujours pas à trouver un membre de leur famille pour les recevoir.

- Rencontres de parents des enfants réunifiés : 16 rencontres d’échanges d’expériences entre parents des enfants réunifiés (rencontres parents-parents) ont été organisées avec une moyenne de 13 parents présents par rencontre (contre 23 avec une moyenne de 12 parents présents l’année précédente).

3. Le travail réalisé avec les grands jeunes de la rue (18-30 ans)
Un premier centre a été construit et inauguré en 2014, mais le centre, trop petit et mal installé, à l’intérieur du centre des filles, avait besoin d’être déplacé dans un lieu plus approprié. Une nouvelle parcelle a été achetée en 2023 et un nouveau bâtiment construit en 2024-25. Il sera inauguré à la fin de l’année. Le centre est un lieu d’accueil, d’écoute et d’orientation des jeunes de 18 à 30 ans.

- Contact avec les grands jeunes dans leurs bases : 63 grands jeunes ont été rencontrés et sensibilisés au cours de 3 visites de bases (120 jeunes sensibilisés au cours de 6 visites de bases, l’année précédente). L’objectif annuel étant de 100 jeunes sensibilisés dans les bases.

- Accueil de jeunes dans notre centre : 217 grands jeunes différents ont été accueillis cette année (92 G et 125 F) (269 jeunes, l’année précédente). L’objectif annuel étant de 100 jeunes accueillis et écoutés.

- Appui psychologique : 116 jeunes ont bénéficié d’un suivi psychologique dont 65 nouveaux.

- Alphabétisation : 122 grands jeunes ont pu suivre un programme d’alphabétisation de six mois (43 G et 79F) ; 16 ont abandonné en cours de route. 50 jeunes ont pu obtenir leur brevet d’alphabétisation (13 G et 37 files) après une évaluation à la fin de leur parcours.
Notre manuel d’alphabétisation en lingala a pu être édité par MédiasPaul avec l’appui de Misereor et publié à 500 exemplaires.

- Formation professionnelle : 122 Grands jeunes ont pu suivre une formation professionnelle (43 G et 79 F) dont 36 abandons (29,5 %) et 86 ont fini leur année de formation dans les filières suivantes : construction, soudure, menuiserie, peinture bâtiment, mécanique moto et auto, couture, esthétique, restauration…. L’année dernière, 139 jeunes ont pu suivre une formation professionnelle (61 G et 78 F) dont 33 abandons. L’objectif annuel étant de 50 grands jeunes.
Ces jeunes et grands jeunes ont bénéficié de 743 visites de suivi sur leur lieu de formation (309, l‘année précédente).
Des filles s’intéressent aux filières autrefois qualifiées de « masculines » telles que la plomberie, peinture bâtiment, maçonnerie, menuisière aluminium…
5 rencontres de responsables d’ateliers partenaires de NYB, ont été organisées durant l’année, avec chaque fois la participation d’une quinzaine de responsables d’ateliers. Ces rencontres ont eu un triple objectif : développer le réseau de maitres d’apprentissage, favoriser leur collaboration dans l’apprentissage des jeunes et s’enquérir de l’évolution des jeunes.

- Insertion professionnelle : 59 jeunes (24G et 35 F) ont pu terminer leur formation professionnelle, suivre leur formation en entreprenariat et recevoir leur kit d’insertion professionnelle dans les métiers suivis (couture, esthétique, cuisine, menuiserie, construction, peinture, mécanique…) tout en étant suivis par notre équipe d’insertion pour démarrer leur petit atelier.
Cette année, le nombre de jeunes en formation et en insertion professionnelle a doublé par rapport aux années précédentes où l’objectif était de 50 grands jeunes en FP, en raison de l’appui de deux projets d’une durée de deux ans chacun, l’un de la coopération belge via Enabel et l’autre de la région de Bruxelles Capitale (RBC).

- Sensibilisation à la masculinité et à la féminité positive
* 75 filles-mères en situation de rue ont été sensibilisées sur l’hygiène corporelle et alimentaire afin de bien prendre soin de leurs enfants qui vivent avec elles, dans une grande précarité, dans la rue.
* A l’occasion de la journée de la femme, le 8 mars,70 jeunes femmes en situation de rue ont été réunies été sensibilisée sur les droits et la dignité de la femme et la nécessité pour elle d’être attentive à sa propre dignité.
* 26 jeunes femmes en situation de rue ont bénéficié d’une session, du 08 au 11 Juillet 2025, dans un lieu calme loin de la vile, à Menkao, autour du thème : « Connaître sa valeur pour mieux s’aimer, se respecter et poser des limites dans ses relations ». L’objectif général était de ramener les jeunes à la prise de conscience, savoir dire non et à prendre de bonnes décisions pour leur avenir. Malheureusement une semaine de sortie pour les grands jeunes garçons de la rue n’a pas pu être organisée cette année.

4) Le personnel
Dans le domaine du personnel, nous avons enregistré plusieurs changements :
* 4 embauches : un gardien de nuit pour le nouveau centre de grands jeunes, un gardien de jour pour le centre des garçons, deux éducateurs sociaux (les trois derniers pour remplacer du personnel partant)
* 2 départs : la responsable adjointe du centre des garçons chargée de l’alphabétisation et un éducateur social
Nous avons également effectué des permutations pour redynamiser nos équipes de suivi des microcrédits et celle de suivi des grands jeunes en formation professionnelle.

Formation continue
Pour un meilleur rendement, notre équipe a bénéficié d’un renforcement des compétences professionnelles. Deux journées de formation pour toute notre équipe ont été organisées au cours de l’année :
* Une rencontre interprofessionnelle animée par le Consultant et la Psychologue flying de Louvain Coopération autour du thème : « l’Ethique et Déontologie des métiers du Travail social et du Psychologue ».
* Une journée de formation animée par le professeur Oléa BALAYULU de la faculté de Psychologie de l’Unikin sur le thème : « Vécu psychologique et problèmes de santé mentale des enfants en situation de rue ».
L’objectif retenu est en principe de neuf journées de formation sur l’année.
Mais il faut considérer que plusieurs membres du personnel ont pu bénéficier des formations organisées et/ou financées par nos partenaires :
* 13 travailleurs sociaux suivent une formation en ligne via les carnets numériques mise en place par les Apprentis d’Auteuil. Un ordinateur portable doté d’une connexion internet a été installé avec le financement des AA pour permettre aux travailleurs sociaux de suivre la formation en toute quiétude.
* 6 éducateurs sociaux ont bénéficié d’une journée de formation sur le code de conduite des centres d’accueil des enfants en situation difficile animée par le Père Séverin Mukoko, sj, (16/10/2024).
* 3 travailleurs sociaux et une psychologue ont bénéficié d’une formation la gestion de la violence dans nos centres, animée par les Apprentis d’Auteuil. (04 au 08/11/2024).
* 2 travailleurs sociaux et un psychologue ont participé à 2 sessions du trajet d’apprentissage en santé mentale : atelier d’échange d’expérience et des bonnes pratiques sur la prise en charge psychosociale des enfants et jeunes en situation de rue à Kinshasa. Deux matinées de restitution ont été organisés, à l’intention de toute l’équipe éducative de NYB, avec la facilitation des formateurs. Ce trajet d’apprentissage est organisé par Louvain Coopération.
* 4 administratifs ont bénéficié d'une formation sur la gestion des ressources humaines, la fiscalité et une initiation aux nouveaux outils de gestion comptable proposé par LC (le directeur du Personnel de LBM, les directeurs de Budget de NYB et du CFP saint Joseph, ainsi que l’administrateur du CFP Saint Joseph).
* Le Père Thomas Prévost, Coordonnateur des activités a participé au comité d'orientation des Apprentis d'Auteuil, du 16 au 20 juin 2025, à Paris.
* Les psychologues ont participé à 3 rencontres d’échanges animées par le Reejer sur les thématiques suivants : travail en milieu ouvert, hébergement transitoire et la santé mentale.

5) Les évaluations
- Une auto-évaluation de nos activités réalisée au cours de l’année, a été faite avec l’ensemble de notre personnel en date du 25/10/2024. Des rapports trimestriels de nos réalisations ont été régulièrement diffusés.
- Quatre audits financiers ont été réalisés par des auditeurs indépendants (Cabinet Audirec).
- 50 réunions hebdomadaires d’évaluation et de planification ont été organisées chaque samedi matin dans chacun de nos trois centres.
- Chaque mois des rencontres d’évaluation du travail sont organisées suivant les secteurs d’activités, notamment les sites (travail de rue), les microcrédits, la formation professionnelle, la scolarisation et l’accompagnement psychologique.

6) Les relations avec les partenaires locaux
- Dans chaque site de concentration des enfants en situation de rue, les éducateurs identifient des alliés (acteurs dans la protection des enfants) et mettent en place des systèmes d’alerte précoce (SAP) qui identifient les nouvelles descentes des enfants dans la rue pour faciliter la réunification rapide des enfants.
- Avec les structures sœurs (Bana Poveda, Centre Monseigneur Muzihirwa et Orper), CCN participe à des rencontres mensuelles de concertation pour l’harmonisation des pratiques.
- Les psychologues participent aux séances mensuelles de partage d’expériences avec des autres psychologues des structures sœurs (Orper et Bana Poveda, Centre Monseigneur Muzihirwa).
- Avec les autorités nationales et locales, un responsable des relations extérieures assure la liaison entre NYB et les autres instances, notamment la Division urbaine des affaires sociales (DUAS), la Police de Protection de l’enfance et violences basées sur le genre (PEPVS), le Tribunal pour enfants et les services sociaux de communes. Tous ces services interviennent dans notre travail notamment pour l’obtention des décisions de placement des enfants ainsi que leur homologation et, la protection des enfants en cas d’abus et tout acte de violence.

7) L’administration de la structure
Les comités de pilotage et de gestion de l’association LBM de CCN se réunissent chaque mois pour évaluer l’évolution du travail et mettre en place des stratégies pour l’avancement des activités mais également faire le point sur les finances de la structure. 18 réunions ont été tenues cette année (19, l’année précédente).
L’Assemblée générale de la structure se réunit deux fois par an pour évaluer l’ensemble du travail réalisé et les problèmes rencontrés. L’Assemblée générale tenue le 28 novembre 2024 a approuvé les rapports annuels et les comptes de l’année.

8) Les événements de l’année :

- Autoévaluation annuelle des activités réalisées dans la période de septembre 2023 à Août 2024. (25/10/2024).
- Célébration de la journée commémorative de l'adoption de la CDE au centre Wallonie-Bruxelles organisée par Louvain coopération (20/11/2024).
- Assemblée générale de LBM. (28/11/2024).
- Cérémonie de remise des kits d'insertion professionnelle à 35 Jeunes (30/11/2024).
- Visite et repas avec l'Ambassadeur de la Côte d'ivoire en RDC (06/12/2024).
- Repas de Noël avec l'Ambassadrice et personnel de l’Ambassade de Belgique en RDC (18/12/2024).
- Messe de Noël à la paroisse de Sainte Christine avec tous nos enfants. (24/12/2024)
- Placement des enfants en famille d’accueil pour la fête de Noël. (25/12/2024)
- Messe et repas de Bonne année avec les enfants au centre (31/12/2024).
- Les fêtes de bonne année organisées au centre avec les voisins, les jeunes bénévoles, les mamans bénévoles de la cuisine, les directeurs d'écoles, les responsables d'ateliers, les grands jeunes.
- Messe d'actions des grâces pour les 20 ans de LBM, au CFP Saint Joseph : Célébration eucharistique concélébrée par le Nonce apostolique et le modérateur général du Chemin Neuf. (07/03/2025) et journée festive marquant les 20 ans de LBM (08/03/2025).
- Repas offert aux enfants par le député Ingele Ifoto (05/04/2025).
- Célébration de la journée internationale des enfants en situation de rue avec les commissions Caritas de Saint Bénoit et Sainte Christine. Un repas a été offert aux enfants. (11/04/2025).
- Chemin de croix et lavement des pieds avec les enfants à Manresa. (07/04/2025)
- Messe et repas de Pâques avec tous les enfants et les éducateurs au centre. (19/04/2025)
- Cérémonies de remise des kits scolaires aux enfants réunifiés par Bracongo (15/08/2025)

9) Les problèmes rencontrés
- La question du financement de nos activités : Le budget prévisionnel annuel de NYB pour l’année 2024-2025 était de 540.000$, mais le financement assuré des partenaires avait atteint 87,22 % de cette prévision. Il y avait 12,78% de ce budget qui n’était pas assuré et devrait être recherché. De notre part, nous devons étudier comment trouver une forme possible d’autofinancement, car actuellement notre travail dépend à 100% de partenaires extérieurs, ce qui rend difficile un engagement dans la durée et rend les perspectives très difficiles en raison de la diminution des budgets de coopération des pays occidentaux. Comment pouvons-nous trouver un partenaire intéressé à nous soutenir dans une activité d’autofinancement de notre structure ?

- La misère de la population : nous constatons que la misère de la population dans les grands quartiers populaires de Kinshasa où nous travaillons grandit de jour en jour : la population ne trouve pas d’emploi et doit se débrouiller dans le secteur informel pour survivre et les investissements extérieurs sont très peu importants. Cette situation conduit à une augmentation permanente du nombre d’enfants dans la rue.

- La construction des supermarchés à proximité de plusieurs sites : A l’arrêt Commune, au marché de Matadi-Kibala entraîne la formation de nouveaux lieux de concentration des EDR qui viennent désormais y mendier. Au Rond-point Super Lemba, la situation est de plus en plus alarmante. Ce site est devenu un grand carrefour des EDR, essentiellement les rechutés de plusieurs centres d’accueil, qui fument du chanvre. Ces derniers ont eu une influence négative sur les enfants qui vendent aux alentours de terrasses. Face à cette situation, notre équipe a multiplié les maraudes de jour sur ce site afin de les sensibiliser et écouter.

- Peu de soutien l’état : Les structures étatiques sont présentes mais ne soutiennent pas notre travail avec les jeunes de la rue. Nous n’avons reçu aucun subside de l’état au cours des dernières années, même si plusieurs autorités manifestent un intérêt pour notre travail. En outre, nos jeunes en insertion professionnelle sont régulièrement poursuivis par des agents de l’état pour différentes taxes au lieu d’être soutenus pour le démarrage de leur activité professionnelle.

- L’augmentation de la violence dans les quartiers populaires : La violence est de plus en plus présente dans nos quartiers populaires. Les groupes de jeunes, appelés « Kuluna », pillent et rançonnent les gens dans plusieurs quartiers populaires, car ces jeunes désœuvrés sont découragés, sans formation et sans emploi dans leur vie. Les autorités ont beaucoup de mal à contenir cette violence. Cette situation rend le travail de nos éducateurs plus difficile et dangereux dans plusieurs quartiers et ne facilite pas la vie économique de la population.

10) Les perspectives 2025-2026

1. La recherche d’autres formes de financement : La structure doit, cette année, faire des démarches en vue de pouvoir trouver des formes alternatives de financement et ne plus dépendre à 100% de partenaires extérieurs : faire davantage de démarches auprès des entreprises locales œuvrant à Kinshasa pour obtenir leur appui et trouver des formes possibles d’autofinancement de nos activités.

2. Le lien avec les autorités de l’état : La structure doit renforcer ses liens avec les autorités étatiques afin d’obtenir de pouvoir recevoir un financement partiel de ses activités de la part du gouvernement congolais (participation au budget de la structure et prise en charge d’une partie de son personnel).

3. La maintenance de nos infrastructures : Les grandes pluies régulières fragilisent nos toitures et demandent un entretien régulier. En outre, les plafonds réalisés en triplex ne sont pas durables, mangés par des insectes et doivent être remplacé par des plafonds en matériaux durables. Le réfectoire du centre des garçons doit être agrandi et réaménagé. Les tables et les bancs dans nos deux centres doivent être remis en état. Les installations solaires dans nos trois centres doivent être entretenues et étendues, pour nous donner un courant stable.

4. Le soutien au personnel : Le soutien à notre personnel qui doit réaliser un travail d’accueil et de suivi difficile avec les enfants doit pouvoir être renforcé (formations, évaluations, encadrement, amélioration des conditions de travail…).

5. La construction d’un centre d’accueil à Menkao : La CCN dispose d’un vaste terrain à Menkao, dans une zone calme, à la sortie de la ville de Kinshasa. Nous y avons déjà animé plusieurs sessions de nos jeunes, et chaque fois se retrouver dans un cadre paisible, loin de la ville, de la violence et de la drogue, fait du bien aux jeunes. Aussi, nous avons pensé, en lien avec la communauté, construire sur place un petit centre pour des sessions d’une trentaine de jeunes avec des dortoirs, des sanitaires, une cuisine et une salle de rencontres.

MERCI A CHACUN POUR VOTRE ATTENTION A NOTRE TRAVAIL AUPRES DES ENFANTS ET JEUNES EN SITUATION DE RUE !