C'était la fête le 29 novembre dernier quand les grands jeunes (de 18 à 25 ans) et leurs éducateurs ont reçu la visite de personnalités à l'occasion de l'inauguration de LEUR maison. L'ambassadeur de France, et celui d'Allemagne, la déléguée de l'ambassadrice de Belgique et l'ambassadeur de l'ordre de Malte de même que les délégués de nos partenaires Louvain coopération et Misereor et d'autres encore ont répondu "présent" à l'invitation. 

Les jeunes sont fiers de leur maison, c’est un chantier qui aura duré près de 18 mois, entièrement réalisé par les jeunes filles et garçons en filière professionnelle maçonnerie, soudure, carrelage, menuiserie, etc.

Deux jeunes qui ont pu donner leur témoignage :

« Vous me voyez forte ? Non! c’est un corps qui se remet, une espérance retrouvée. Je me nomme P., j’ai 28 ans et je suis mère de 4 enfants.

A mes 6 ans, mes parents sont décédés, me laissant à la garde de leurs « familles », mais personne ne s’est soucié de moi. Notre oncle a son église et c’est là que j’ai passé le reste de ma vie. Je n’ai jamais été à l’école, C’est l’an dernier que j’ai reçu mon premier diplôme, notre certificat d’alphabétisation, après 6 mois d’alphabétisation à Ndako ya biso… En six mois j’ai reçu un accompagnement extraordinaire. J’habitais une « base » et ne vivais que de la prostitution. J’étais finie, désespérée… J’étais une femme qui a eu des enfants mais jamais une mère. Jusqu’au jour où j’ai décidé d’apprendre un métier suite à l’insistance des éducateurs. J’ai reçu un accompagnement et un encouragement qui fait que je tiens jusqu’aujourd’hui. Le plus important est celui de mon accompagnatrice, madame Bibi : « Si tu relèves le défi alors tu auras le plus beau « cadeau » ». J’ai reçu des choses, des cadeaux en échange de mon corps ; mais là ce sera suite à un savoir-faire…Et voilà qu’aujourd’hui je reçois ce cadeau : je suis debout, devant des personnalités, avec mon passé restauré et pleine d’espérance pour un avenir… J’étais connue comme fille puis femme de la rue. Aujourd’hui j’ai une voie clairement définie : une profession d’esthéticienne assurée puisque Ndako ya Biso ne m’a jamais abandonnée. Dès à présent je vis de mes coiffures. J’ai regagné la famille et je me prends en charge… Je dis merci à Ndako ya Biso, merci aux partenaires qui soutiennent les activités des Ndako ya Biso, merci au centre des grands jeunes et un merci particulier à Mme Bibi… »

« Je suis M., dans la rue dès l’âge de 12 ans. Taxé de sorcier puis chassé de la famille après le décès de mes parents, je m’y suis habitué. J’y ai fait mon demeure et j’y vivais sans difficulté. Les chauffeurs et receveurs de Matadi kibala me connaissent bien. Je faisais la loi. J’ai été respecté puisque je m’y imposais de force. Je suis chef de gang et fort d’esprit. J’ai vu des amis finir dans la prison ou disparaitre: petit silence… Depuis plus de 15 ans, j’ai connu le centre Ndako ya Biso à travers les sensibilisations des sites. Je venais comme leader. Les formations proposées ne me disaient rien. Un jour un éducateur m’a dit : « La rue peut s’arrêter : l’arrestation, un autre leader plus fort ou simplement la maladie… ».

J’ai compris enfin la fragilité de ma vie dans la rue. Que faire à mon âge ? 30 ans sans éducation ni instruction?  Je suis passé au centre pour échanger avec les éducateurs. C’était possible ! Six mois d’alphabétisation puis une formation. J’ai commençé ! Je devais survivre et faire vivre ma famille…

Les six mois d’alphabétisation se sont déroulés très vite. Après les visites exploratoires, j’ai choisi la mécanique. Gérer la route autrement ! Ce n’était pas facile. Grâce aux visites de suivi, aux rencontres et sorties organisées par NYB, j’ai tenu jusqu’au bout. Déjà pendant ma formation les chauffeurs m’appelaient « maître ». Ce dernier mot dans la rue fait peur : l’homme fort ou le juge. Mais actuellement on m’appelle maître par respect de mon métier. Je suis connu et je suis invité pour des réparations des véhicules et ainsi je gagne dignement ma vie. Il n’est pas tard d’apprendre, il n’est pas tard de bien faire.
J’encourage mes frères et sœurs de la rue d’emboîter mes pas, de ne pas avoir peur de quitter la rue, de croire à Ndako ya Biso et à son accompagnement. Je remercie tous ceux qui appuient la mission et les activités de NYB. »

Un merci particulier à Blandine Le Callennec pour ses excellentes photos. Cette jeune a passé près d’un an auprès des Enfants de la Rue de Kinshasa. Elle était française en arrivant et est devenue kinoise nous a-t-elle partagé, sachant parfaitement cuisiner le foufou !