Daniel N. est un garçon de 10 ans, né dans l’actuelle province du Kasaï, à Tshikapa. Il est l’ainé de deux enfants, fils de M. T. P. et de K.A. Le 23 février 2018, nous avons accueilli Daniel au centre Ndako Ya Biso : il était accompagné par un policier qui l’avait trouvé dans la rue et le considérait comme un enfant perdu. Mais le policier n’avait pas pu bien parler avec l’enfant qui ne comprenait presque pas le lingala et parlait le tshiluba.

À son arrivée au centre, je suis entré en communication avec lui pour l’écouter et comprendre son histoire dans la langue où il se sentait à l’aise. C’est alors qu’il va me révéler qu’il a été kidnappé à Tshikapa (à 800 km de Kinshasa !). Deux « messieurs » qui lui ont promis de le mettre dans une bonne école à Kinshasa, mais l’ont emmené avec comme objectif réel de l’initier au vol des sacs à main et de l’argent. Il devait passer par une initiation pour lui apprendre à ne pas céder à la peur. Mais innocent qu’il était, il ne comprenait absolument rien sur le terrain pour voler.

À deux reprises, il n’arriva pas à voler, comme exigé. C’est pourquoi les kidnappeurs l’ont enfermé dans une maison puis l’ont tabassé ; ayant vu qu’il commençait à saigner, ils lui ont enlevé ses vêtements puis l’ont habillé avec d’autres habits. En fin de compte, ils l’ont confié à la femme de l’un des kidnappeurs pour aller acheter à manger. Leur objectif était de l’abandonner dans la rue à Kinshasa où il ne connaissait personne. Dans la rue, il avait un seul but : celui de se renseigner pour connaitre la direction qui va jusqu’à Tshikapa en vue de retourner dans sa famille. Comme Daniel connaissait l’adresse de sa famille à Tshikapa, nous avons utilisé nos connaissances pour entrer en contact avec sa famille qui recherchait l’enfant depuis plus d’un mois.

L’équipe a décidé que je l’accompagne à Tshikapa pour un voyage semblable à celui d’Abraham, parti dans une terre inconnue.

Nous avons quitté Kinshasa le mercredi 14 mars à 18 h et nous sommes arrivés à Tshikapa le vendredi 16 à 15 h par le bus. L’enfant m’a orienté vers une paroisse proche de chez lui, où le curé nous a bien accueillis. Tout de suite, nous sommes partis à la recherche du papa qui nous a très bien reçus. La maman a divorcé d’avec son papa qui est resté seul avec deux enfants, Daniel et son petit frère qui a 4 ans. Le papa est un pauvre jeune porteur, sans ressource. Mais un oncle pasteur a bien voulu accueillir l’enfant pour un meilleur suivi et le curé de la paroisse Saint Antoine, qui m’avait accueilli, a promis de prendre en charge la scolarité de l’enfant. Nous étions bien reçus malgré la difficulté du voyage ; en tout, la prière des frères nous accompagnait, car, chaque fois que je téléphonais j’avais les encouragements de l’équipe.

J’ai en même temps pu rencontrer la famille d’un autre enfant kidnappé, du même âge que le premier : P. M., lui aussi enlevé de sa famille. Il était passé par notre centre un peu plus tôt que Daniel, nous avions pris toutes ses références ; mais malheureusement, quelques jours avant le départ pour Tshikapa, il avait disparu, et nous ne savons pas si ce sont les trafiquants qui l’ont récupéré. Sa famille était très triste que nous n’ayons pas pu le retrouver pour le leur ramener, mais nous continuons à le rechercher.

J’ai quitté Tshikapa le lundi 19 pour arriver à Kinshasa le mercredi 21 mars 2018 vers 7 h. Nous avons effectué un voyage de plus de 1600 km pour sauver un enfant kidnappé. J’ai fait l’expérience de faire confiance au Seigneur dans ces moments difficiles, me rendant avec cet enfant dans un milieu inconnu. Je savais que cette région qui avait subi le conflit de la guerre du Kasaï, avec des barricades de militaires et policiers, serait difficile, mais en même temps, une paix m’habitait d’y aller vite avec l’enfant ; c’est l’œuvre de l’Esprit Saint qui nous pousse à faire les choses qui nous dépassent.

Avec mon ordre de mission de l’organisation, j’ai été bien encouragé par certains militaires, qui me bénissaient ou disaient « Que Dieu te bénisse ». Cela me rassurait. J’ai compris que si tu t’engages pour les plus pauvres ou les plus petits, le Seigneur prend soin de toi.

Jean Didier KPANYA.